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  Canada (2008)

samedi 13 septembre 2008, par ViaraTimcheva

Canada Photos : http://picasaweb.google.fr/Viara21/Canada2008#

Dehors il fait aux alentours de zéro, la nuit est tombée depuis quelques heures. Nous sommes les derniers clients d’un petit restaurant de village. La serveuse, la cinquantaine, toute fine et souriante, vient vers nous, essuie son front et s’exclame :
- Alors ? Vous êtes contents du service ?
- Très contents, assurons nous en une seule voix.
- Vous avez deviné que je faisais tout toute seule ? Et la cuisine, et le service ? demande elle, un peu anxieuse.
- Non, pas du tout ! répondons nous, vraiment surpris. Elle sourit, soudain détendue et contente, et se lance dans une longue explication dans son drôle d’accent québécois :
- Il y a une dizaine de tables et on propose quiches, saucisses, tourtières, soupes, desserts… Et c’est moi qui fais tout ici ! Je prends les commandes, je prépare les plats et je les sers. J’essaie d’être partout et de contenter tous les clients, sans qu’ils remarquent que je suis toute seule. Des fois j’appelle vers la cuisine : « Alors, Georgette, c’est prêt ? » Comme ça les clients croient qu’il y a une cuisinière ! J’essaie même d’imiter son accent italien. Elle arrête le débit un instant car elle est pliée de rire.
- Mais… et la vaisselle, et le nettoyage ? C’est vous qui faites vraiment tout, toute seule ? demande Annick, stupéfaite.
- Oh oui, Madame, et j’ai mes cinq enfants de plus ! répond dignement la femme-miracle avec son sourire joyeux. Elle aime ce qu’elle fait, elle aime la vie et ça se voit dans tout son être radieux, enthousiaste et dynamique.

Ce soir, on dort dans un petit village qui porte le joli nom de Sainte Rose du Nord. Juste à côté d’une baie et d’un fjord qui ont la réputation d’être comptés parmi les plus beaux du monde. Notre hôtesse, soixante-cinq ans, ouvre la porte avec un sourire charmant. Comment font-ils, les gens d’ici, pour respirer une telle joie de vivre ? Elle a été concierge à Montréal et a maintenant pris sa retraite dans cette jolie maison perchée sur la colline. De plus, elle dessine de très jolis tableaux qu’elle accroche sur les murs de sa maison. Un tableau en automne et un au printemps. Elle s’appelle Susanne. Très sociable et curieuse, elle ne peut voyager car son mari est malade et elle lui tient compagnie et s’occupe de lui. Mais il y a une solution à tout problème ; le proverbe ne dit-il pas que lorsque la montagne ne vient pas à Mohamed, c’est lui qui va à elle ? Puisque Susanne ne peut aller vers le monde, elle ouvre sa porte et c’est le monde qui vient. Elle a tout simplement transformé sa maison en gîte et reçoit avec joie des personnes du monde entier, pour lesquels elle prépare un copieux petit-déjeuner. Jus d’orange frais, thé, café et chocolat, du bacon grillé, des œufs, des fruits divers (melon, orange, kiwi, tomates cerises et, bien sûr, la fierté de la région – des bleuets (comprenez myrtilles) du jardin. Des tartines grillés avec une sélection de confitures maison : six sortes.
- Il y a bleuets, fraises, framboises, agrumes, prunes et rhubarbe, explique-t-elle. Il y a aussi abricots mais c’est rare par là, alors je l’ai caché et je le garde pour moi ! finit-elle avec un rire malicieux. Je l’imagine dans les longes soirées d’hiver, assise devant la cheminée, à observer la baie à travers sa grande fenêtre et à déguster de la confiture aux abricots en cachette.

En quittant Chicoutimi, nous nous arrêtons dans une station d’essence. Aux toilettes, je tends la main pour arranger ma capuche lorsque je sens que quelqu’un le fait déjà, derrière moi. Je me retourne : c’est une petite dame âgée toute souriante, qui me dit :
- J’ai vu que ta capuche était mal arrangée sur tes épaules, alors je te la place comme il faut.

Quel peuple incroyable, ces Québécois ! Ils vous tutoient, ils vous racontent leur vie, ils sont si amicaux et radieux qu’on croit retrouver une vieille famille perdue et oubliée mais qui nous a toujours manqué ! Il n’y a pas de telle chaleur, de telle convivialité sur le vieux continent. A-t-elle jamais existé, ou alors s’est-elle perdue en cours de route ? Nous nous lançons dans une discussion à ce sujet. Pourquoi les gens sont froids chez nous ? Je soutiens qu’ils ne sont pas froids et qu’ils ont, à l’intérieur, une grande soif de chaleur et de convivialité aussi, mais ils n’osent pas le montrer parce que « ça ne se fait pas » et « que diront les autres », et « on me repoussera et me prendra pour un fou ». Du moins, c’est ce que j’aimerais croire ; car si c’était le cas, un jour eux aussi laisseraient tomber le souci du regard des autres et iraient vers la vie et vers le monde le cœur ouvert, sans peur de déranger, de toucher ou de bousculer. Le monde serait beau alors, il aurait une âme de Québécois.

Comment acquiert-on une âme de Québécois ? Cela ne se fait pas sans douleur, il paraît. Car ces « sujets abandonnés de Louis XV » portent en eux deux siècles d’isolation et de luttes. Le Canada est « découvert officiellement » en 1497 par Jean Cabot. En 1534, Jacques Cartier, originaire de Saint-Malo, prend la possession du pays au nom de son roi, François Ier. En 1629, Richelieu fonde la Compagnie des Cent-Associés sur le modèle des colonies américaines des Britanniques. Cette Compagnie devait jouir pendant plus de 15 ans du monopole du commerce dans toute la vallée du fleuve Saint-Laurent, mais s’engageait en échange de faire venir 300 colons, exclusivement catholiques, par an, pour peupler le Nouveau monde. Pourtant, le commerce n’apporte pas les fruits escomptés ; Louis XIV dissout la Compagnie et la Nouvelle-France devient une province royale administrée par un gouverneur et un intendant, avec quelque 2 000 âmes françaises perdues dans l’immensité nord-américaine. Sur cet échiquier, les Anglais débarquent bientôt. En 1690, après la conquête de l’Acadie, une flottille de bateaux britanniques livrent bataille et exigent la reddition de la ville de Québec. Le gouverneur Louis de Buade, comte de Frontenac, ne cède pas ; cependant, le déclin est proche. Que pouvaient faire les 70 000 Canadiens français face au 1,5 millions d’Anglais installés aux alentours ? En 1763, le traité de Paris est signé, la France perd toutes ses possessions, l’armée brûle ses drapeaux, tous les notables et les commerçants quittent le navire, en abandonnant derrière eux les Français les plus démunis (une majorité évidemment), livrés aux Anglais. Suivent des années de rapports ambigus avec le Canada anglophone. Le fait d’avoir été abandonnés par leur classe bourgeoise et leur partie a laissé les Canadiens français orphelins ; et puis, finalement, ces Britanniques « n’étaient pas pires », surtout au début de leur histoire commune. La preuve : lorsque les insurgés américains envahissent le Québec en pensant le rallier à leur cause (l’indépendance), les Canadiens français se rangent à côté des Anglais. Les choses se gâtent dans les années industrielles, lorsque le pouvoir économique est entre les mains des anglophones et les francophones se transforment en main d’œuvre bon marché. Surnommés « les Nègres blancs d’Amérique » par l’écrivain Pierre Vallières, les francophones vivent une situation proche à celle des Irlandais au siècle passé : domination britannique et misère économique pour des familles très nombreuses. Et pour être nombreuses, elles sont nombreuses ! Souvent 12, 15, voire 20 enfants : cette prolifération, les Québécois la doivent avant tout au clergé, qui ont trouvé cette voie pour implanter solidement l’Eglise romaine dans le Nouveau monde. Catholiques, ils devaient résister au protestants ; francophones, ils ont littéralement noyé la communauté anglophone ! Ainsi, abandonnés par la France, menacés d’assimilation, ils ont longtemps lutté pour préserver leur identité. Les « Français de France », « l’élite », les ont quittés en ne laissant que l’organisation villageoise et le curé tout-puissant. Les paroisses firent alors office d’administration et s’occupèrent de la scolarité et de tous les problèmes touchant à la vie sociale. Un villageois en détresse ne pouvait chercher de l’aide que chez les voisins, ce qui tissa la solidarité et l’unité des villages. Les Québécois nouèrent également des relations d’amitié et de bon voisinage avec les tribus indiennes. Ainsi se forge un caractère d’égalitarisme et sociabilité. Aujourd’hui, s’il arrive aux jeunes d’accueillir les Français par un « maudit Français », cette attitude révèle, en général, plus d’affection rentrée pour un cousin (ou un arrière grand-père) abusif que d’agressivité réelle. Depuis 1977, le français est la seule langue officielle du Québec. Les Québécois, qui n’ont cessé de se battre en faveur de la langue française, traduisent systématiquement tous les anglicismes. Ne vous moquez pas d’eux ; dans la grande lutte de la francophonie face à la déferlante anglo-saxonne, chacun a besoin d’encouragement plutôt que de s’entendre dire qu’il a un drôle de façon de parler…

(Le Guide du Routard, Québec et Provinces maritimes, 2007/8)

12/09, vendredi : Bordeaux-Montréal avec TransAt. Première observation : personnel à bord de l’avion extrêmement sympa et souriant. Le voyage a duré… une heure trente ! De 12h à 13h30. Ha ha, c’est facile, avec le décalage horaire ! Au retour, on perdra pourtant ce temps gagné. Jocelyn et Aurélie habitent rue Boyer, dans un magnifique quartier : rues droites, belles maisons aux superbes escaliers en fer. Le supermarché du coin est plein de fruits et de légumes qui me sont inconnus et de plats de tous les pays du monde. J’ai toujours aimé le cosmopolitisme, voilà pourquoi cette ville a tout pour me plaire !

13/09, samedi, Montréal : Première visite de Montréal. Promenade monumentale à pied en traversant la moitié de la ville. Le fameux boulevard Saint-Laurent qui divise la ville en deux parties : Est et Ouest (qui se trouvent en fait au nord et au sud) ; de telle façon que chaque rue a deux parties. Si vous voulez aller, par exemple, au 5, rue Saint-Jacques, renseignez-vous d’abord bien si l’adresse qui vous intéresse se trouve du côté Est ou Ouest ; sinon vous risquez d’être au numéro 5 du mauvais côté. Oui, vous avez compris : chaque rue a une double numérotation. Pratique !  Nous traversons le Quartier chinois ; pas grand mais, en revanche, très pittoresque. Une halte dans une pâtisserie chinoise, et on se régale de spécialités rares à base de noix de coco et de haricots rouges. Quelques vieux Chinois sont assis sur des grandes pierres autour d’une petite place et se chauffent au paresseux soleil de septembre. Nous descendons ensuite dans la Vieille ville, où quelques anciennes maisons se blottissent timidement parmi les gratte-ciel. L’hôtel de ville et la basilique Notre-Dame sont jolis, le Vieux-port est animé. Promenade dans la Ville souterraine : quand l’hiver est là et que dehors il fait très froid et très enneigé, les habitants ne sortent pas de ces galeries souterraines longues de plusieurs dizaines de kilomètres. Il y a sous terre des commerces, des fleurs en pots et des fontaines. Impressionnant. Le mieux pour le dessert : le Mont-Royal, la colline qui surplombe la ville ! Nous escaladons un joli petit sentier et plusieurs dizaines de marches pour avoir une vue époustouflante sur Montréal au coucher du soleil. Au retour, un chauffeur de bus fou nous livre dans le quartier Plateau Mont-Royal, il a sûrement travaillé pour les montagnes russes avant ! Peu importe, très belle journée et on se couche fatigués mais heureux, luttant encore contre le décalage horaire.

14/09, dimanche, Montréal : Visite au Biodôme, le musée de la nature de Montréal. Il est divisé en quatre parties : forêt tropicale, vie sous-marine, flore et faune des alentours du fleuve Saint-Laurent et cercle polaire. Chaque partie du musée reproduit le climat, la flore et la faune originaux. Très intéressant, on voit plein d’animaux et je vois enfin mon premier lynx vivant. A la sortie, surprise : avant d’entrer au Biodôme, le climat était des alentours de Saint-Laurent, à la sortie il est plutôt forêt tropicale ! Chaleur et humidité à satiété, à se demander comment un tel changement radical a pu se produire en espace de deux heures seulement ! Je pense à Tony, qui est en Guyane en ce moment. Ça ne doit pas être évident pour sécher le linge, là-bas !

15/09, lundi, Montréal - Québec : Location de voiture et départ pour le Québec. Arrêt déjeuner dans la Cabane de Dany, une sorte de ferme absolument charmante. Ils nous expliquent tout autour de la production du sirop d’érable, le produit fétiche du Canada, et on se fait un super repas traditionnel sous les airs de l’accordéon. Le musicien semble joyeux et souriant comme tous les Québécois. On se régale de pain doux comme de la brioche, du lard séché qui se mange comme du chips et s’avère super bon et croustillant, de la soupe aux haricots secs et aux carottes, de la viande fumée, des patates frites en rondelles, de la tourtière aux trois viandes, et des crêpes au sirop d’érable. Trop bon ! Deux heures plus tard, on s’installe dans une Auberge de jeunesse au cœur de la Vielle-Ville au Québec, rue des Ursulines. Jolie promenade sur les remparts et vue magnifique sur le château Frontenac au coucher du soleil ! On fait une centaine de photos chacun…

16/09, mardi, Québec : Visite du château Frontenac, qui en fait n’a jamais été château mais hôtel de luxe. Il doit sa construction aux Chemins de fer. 620 chambres, toutes différentes. Très joli bâtiment. La Vieille-Ville se divise en deux parties : la Haute-Ville (le château, l’Hôtel de ville, la basilique-cathédrale Notre-Dame, les remparts, la Place d’Armes et quelques belles rues animées) et la Basse-Ville. La surprise nous attend dans cette dernière : la rue du Petit-Champlain, absolument charmante, a gardé son esprit du 18e siècle. C’était jadis la rue la plus pauvre de la ville, celle des immigrés irlandais ; elle est de nos jours l’un des endroits les plus vivants et ravissants du Québec. Un peu plus loin, la Place-Royale conserve une statue de Louis XIV (voilà une chose impossible à voir en France !), de superbes maisons en pierre, la plus ancienne église en pierres sur le continent nord-américain, quelques bons musiciens et une vue impressionnante vers le château de Frontenac sur les hauteurs, au-dessus de nos têtes. Sur le fleuve se dressent quelques énormes paquebots. Avec Aurélie, nous escaladons en cachette l’escalier en colimaçon d’un petit immeuble et nous retrouvons sur le toit au coucher du soleil, avec une fois encore une superbe vue ! Décidément, les coins ravissants et les superbes vues, c’est pas se qui manque à Québec ! Dîner dans un petit restaurant au décor chaleureux. Une bonne soupe de champignons, il n’y a rien de tel pour se réchauffer le soir !

17/09, mercredi, Québec – Tadoussac - Sainte Rose du Nord : Départ pour Tadoussac, à 2h30 de route. Nous longeons le fleuve de Saint-Laurent et nous retrouvons dans un fjord, devant lequel s’étale une belle petite ville aux toits rouges. Enveloppés de tous nos vêtements, nous prenons place dans un zodiac pour voir les baleines. On est 7 à bord, plus le marin. Le zodiac saute sur les vagues comme un caillou à la surface de l’eau, on est trempés jusqu’aux os ! On a de la chance, on voit plusieurs baleines, même des bélugas qui sont très rares et en voie de disparition. On voit aussi une baleine morte, vue très rare. Triste et impressionnant ; son énorme ventre gonflé s’étale à la surface de l’eau comme une étrange montgolfière en décomposition. C’est un adolescent, nous dit le marin. Ils vont le retirer de l’eau dès cet après-midi et lui faire une autopsie pour connaître la cause de la mort. Bon, il faut avouer que les baleines vivantes sont plus agréables à voir, même si elles restent bien plus difficiles à prendre en photo. Au retour sur la terre ferme, on se change des pieds à la tête ; j’ai rarement été aussi trempée de ma vie ! On se boit du thé inuit dans un petit café. Le mien s’appelle « Rêves d’Antarctique » et a le goût de « conifères et épices ». Départ le long de la rivière du Saguenay vers Sainte-Rose du Nord. Le 17 septembre : c’était ma fête aujourd’hui, en Bulgarie.

18/09, samedi, Sainte Rose du Nord - Chicoutimi – Chutes de Montmoréncy – Trois-Rivières – Montréal

(à suivre)

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